Alors voilà Romain Bardet termine 2eme du classement général du tour de France 2016. Un superbe résultat surtout au regard du plateau présent sur cette édition. Le voilà tout désigné fer de lance de la nouvelle génération du cyclisme français, s’il ne l’était pas déjà. Comment ce coureur de 25 ans en est t-il arrivé là ? Retour sur le parcours ascendant de ce jeune grimpeur…

Une éclosion rapide

chambery cyclisme formationAprès une belle carrière dans les rangs espoirs et amateurs, il est contacté par Vincent Lavenu, manager de l’équipe professionnelle AG2R La Mondiale, afin d’intégrer en 2010 la structure de formation associée à celle-ci, le Chambéry CF1. Durant sa première année à Chambéry, Romain Bardet se classe sixième du Tour de l’Avenir. En août 2011 à 20 ans, Romain Bardet est recruté par l’équipe AG2R La Mondiale.

Dès sa première course professionnelle en 2012, le Grand Prix d’ouverture La Marseillaise, il sort du peloton en fin de course, au sein d’un groupe de coureurs, et prend la 12eme place, dans le temps du vainqueur. Il se distingue à nouveau lors de Logo Amstel_Gold Race.svgl’Amstel Gold Race. Parti dans l’échappée matinale qui compte jusqu’à 13 minutes d’avance, il est le dernier à être repris à seulement 9 kilomètres de l’arrivée après plus de 220 kilomètres d’échappée. Preuve de sa précocité, de son ambition. En toute fin de saison, il réalise un nouveau long raid et une nouvelle performance à l’occasion du Tour de Lombardie, où il s’échappe près de 200 kilomètres.

 2013 : Son 1er tour de France

Logo Tour de France (2013).svgEn 2013, Il confirme son potentiel sur des classiques tels que la Flèche wallonne et Liège-Bastogne-Liège, et remporte sa 1ere course professionnelle au Tour de l’Ain. Mais surtout il fait ses premières armes sur un grand tour et surtout sur le 100eme Tour de France !  Il le termine au 15eme rang à 26″42 minutes du vainqueur Christopher Froome ! Déjà de belles promesses à seulement 22 ans. Notons aussi qu’il termine 1er Français de cette édition.

2014 : L’année de la confirmation

En 2014, en début de saison, il se classe 13eme du Tour d’Oman et meilleur jeune de cette même compétition. Au Tour de Catalogne, il termine deuxième de la quatrième étape, la plus difficile, disputée dans le brouillard et le froid, au sommet de Bardet canVallter 2000. Cette place lui permet de devenir quatrième du classement général final.

Pour son second Tour de France, il termine à la sixième place du général et porte notamment  le maillot blanc de meilleur jeune pendant 6 étapes. En apprentissage de leader en compagnie de Jean-Christophe Péraud. Il confirme ses qualités de coureurs de grands tours. Alors certes, son coéquipier se hissera sur la 3eme marche du podium et  Christopher Froome et Alberto Contador avait dû quitter prématurément le tour sur chutes, mais cette 6eme place était bien une superbe performance que ces aléas de courses ne peuvent pas totalement minimiser.

2015 : L’apprentissage du rôle de leader

devenir leaderAvec de telles qualités et de tels résultats, le rôle de leader lui est dévolu. Avec un Co-leadership partagé avec un J-C Péraud déclinant. Romain Bardet prépare le Tour de France en participant au Critérium du Dauphiné où il remporte l’étape de Pra-Loup grâce à une attaque dans la descente du col d’Allos. Il finit finalement cette épreuve au 6eme rang au général.

Lors du Tour de France, il est distancé par le peloton du maillot jaune lors des deux premières étapes pyrénéennes. Ses espoirs de classement général s’évanouissent. Mais Romain Bardet ne s’avoue pas vaincu et veut rester acteur de la course car désormais il a un statut à défendre au sein de son équipe.  Il part alors dans des échappées lors des douzième et quatorzième étapes mais cela se solde par des échecs. Il repart en échappée dans le final du col du Glandon lors de la 18e étape. Il effectue alors la descente de ce col en solitaire et résiste à ses poursuivants dans les lacets de Montvernier pour s’imposer à Saint-Jean-de-Maurienne. Grâce à ses nombreuses échappées, il est désigné super-combatif de ce Tour de France qu’il terminera finalement à une très honorable 9eme place. Malgré sa victoire d’étape et cette 9eme place, cette édition sera considérée comme un petit échec dans sa progression, mais un véritable apprentissage du lourd statut de leader. Il a aussi montré beaucoup de caractère pour terminer de façon plus qu’honorable un tour loin de ses attentes et des attentes des suiveurs.

2016 : Une place dans le gotha du peloton

Pour 2016, il participe au Tour d’Oman. Il finit deuxième de l’étape reine au Djebel Akhdar derrière gotha du véloVincenzo Nibali. Les positions sont les mêmes au classement général final. Il participe ensuite à Paris-Nice qu’il termine à la 9eme place. Ensuite Il prend part au Tour de Catalogne, en se classant à la 6eme place du général. Il participe ensuite au Tour du Trentin qu’il finit à nouveau à la sixième place. Il participe ensuite au Critérium du Dauphiné. Il termine 2e au général final à 12 secondes de Christopher Froome, vainqueur. Toutes ces places d’honneur montrent que le coureur de Haute-Loire est devenu un coureur qui compte dans le gotha du peloton. Restait à confirmer sur un grand tour.

Sur le Tour de France 2016, il reste sage et réprime son tempérament d’attaquant jusqu’au bon moment. Ainsi Bardet remporta la dix-neuvième étape qui menait à Saint-Gervais Mont-Blanc. Attaquant en compagnie de son équipier Mickaël Chérel à 10km de l’arrivée, il se détache du peloton, rattrape Rui Costa, alors, en tête, et conclut en solitaire. Cette victoire, la première française sur le Tour de France 2016, lui permet de passer de la 5ème place à la 2eme place. Un podium sur le tour de France, le place désormais parmi les très bons coureurs.

Les 8 raisons pour comprendre un tel succès

  1. Un grimpeur patente :
    Effectivement, sa qualité première reste celle d’être un excellent grimpeur. Avec de surcroît un excellent punch qui lui permet d’espérer briller encore un peu plus sur les classiques ardennaises.
  2. Une tête bien faite :
    En parallèle de sa carrière de cycliste professionnel, Romain Bardet a suivi des études de commerce dans le cadre du programme Grande École adapté aux sportifs de haut niveau au sein de l’école de management de Grenoble, et est titulaire du diplôme d’études supérieures en management.
  3. Une âme de leader :
    C’est un gros bosseur.  Ses entraînements sont méticuleux et poussent ses coéquipiers à faire plus. Son statut de leader s’est construit aussi sur cette faculté de travail qui tire toute l’équipe vers le haut. En course, il sait aussi fédérer sa team pour atteindre un objectif fixé.
  4. Des qualités de descendeur hors pairs :
    C’est un très bon descendeur. Il a glané quelques beaux succès sur cette capacité. Le danger c’est qu’avec l’age cette qualité s’estompe vis-à-vis de la concurrence. Nibali en est l’exemple parfait. Tout comme ce dernier, il restera un très bon descendeur mais ne pourra peut être plus faire les différences qu’il fait actuellement.
  5. Des facultés de récupération:
    Pour réussir sur un grand tour, il ne faut pas connaitre de jour sans, et finir la 3eme semaine avec encore de l’énergie. Pour cela il faut de grosses capacités de récupération. Ce n’est pas le cas pour tous, les exemples de Van Garderen et de Mollema le prouvent bien.
  6. Des progrès en contre la montre:
    Au vue des derniers résultats dans l’épreuve chronométrée, notamment sur le tour,  sans être devenu un spécialiste de l’exercice, Bardet limite plus que la casse. 5eme du dernier contre la montre du tour à 42 secondes de Christopher Froome vainqueur du jour.  Néanmoins, avec 3 minutes et 31 secondes de perdues lors des seuls deux contre-la-montre de cette édition, Bardet a encore des progrès à faire pour accrocher Froome.
  7. Il sait frotter:
    Pour réellement exister sur un grand tour, il faut savoir ne pas perdre de temps dans les étapes dites de plaine ou de transition. Il faut savoir placer et savoir frotter. Lui a ces capacités là. Le fait de disputer les courses d’un jour (Lombardie, Liège-Bastogne-Liège, Amstel), lui ont donné ce bagage technique.
  8. Une intelligence de course:
    Sa science de la course et son sens tactique lui permettent de sentir mieux que les autres la course et l’instant décisif pour attaquer. Doublé d’un repérage des courses consciencieux et d’un bel instinct, il fait parti des coureurs les plus intelligents au sein du peloton.

Quelques ratés à gommer

entrainementCertes, Bardet est un coureur malin, mais a connu quelques ratés par le passé.  Notamment à l’arrivée de l’étape-reine du Dauphiné 2016 à Méribel. Celle là même qui avait vu Thibaut Pinot dominer le coureur d’AG2R-La Mondiale. Tactiquement mal inspiré, ce dernier s’était emballé et avait attaqué à 3km de la ligne. Ce jour-là, par cet excès de zèle, il avait probablement laissé filer la victoire finale.

Sur le tour de France 2015, échappé à nouveau avec Pinot, Bardet avait fauté tactiquement. Avec le coureur de la FDJ, ils se sont clairement regardés, juste avant le sommet. Leur erreur commune a été fatale, profitant à Stephen Cummings revenu comme une bombe après avoir été distancé. Ce jour là ils étaient les plus forts. Quand Stephen Cummings est revenu sur le duo, le duo était dans une phase d’observation juste avant la flamme rouge. Pinot était en tête devant Bardet. Et ce dernier a manqué l’occasion de sauter dans la roue du Britannique. C’était à lui de faire l’effort, après avoir vu en premier le coureur de MTN-Qhubeka dans sa roue. Il ne l’a pas fait.

Ce vendredi, il n’a pas commis qu’une légère erreur sans conséquences. Lorsqu’il a repris Rui Costa, il a semblé quelque peu agacé par l’attitude du champion du Monde 2013 qui ne collaborait pas.  Il s’est retourné à plusieurs reprises pour demander de l’aide. Le spectre d’un nouveau raté a sembler poindre, mais finalement il a fini par lâcher le Portugais à la pédale.

 

romain bardetDe bon espoirs sont permis pour Romain Bardet sur un grand tour. Cependant l’ère Froome et celle des Sky semblent lui boucher l’horizon d’un maillot jaune. Une victoire sur une Vuelta ou un Giro serait sans doute plus accessible et lui offriraient une étape supplémentaire dans sa marche de progression. Et effacerait 21 ans de disette depuis la victoire de Laurent Jalabert à la Vuelta 1995.

Pour aller plus loin: 

-Documentaire d’Eurosport: « Les sommets en vue »

-Reportage de France TV : « Romain Bardet cadre sup du peloton »

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